Pendant des siècles,Guillaume a été connu comme l’ami et le premier biographe de saint Bernard. Ce n’est qu’au milieu du vingtième siècle que les érudits ont découvert son message original et personnel. Un message sans doute plus original encore que celui de Bernard, abbé de Clairvaux. Rappelons trois aspects importants de la spiritualité guillelmienne : sa foi lumineuse et rationnelle qui scrute le mystère divin, sa description de la rencontre entre l’âme humaine et le Dieu trinitaire et le caractère affectif de cette rencontre spirituelle et mystique. Il y a plusieurs sortes de foi, comme il y a plusieurs religions dans l’humanité. Il est intéressant de remarquer que le Christ Lui-même ne s’est pas contenté d’une foi magique et utilitariste. Souvenez-vous du miracle de la femme qui souffrait d’un flux de sang depuis douze ans. Elle se disait: “Si j’arrive à toucher au moins ses vêtements, je serai sauvée;” Elle arriva par derrière dans la foule et toucha son vêtement… et elle fut guérie! Foi populaire proche de la magie. Jésus ne refusa pas cette foi initiale. Mais il se retourna et dit “ Qui a touché mes vêtements ? “ Alors la femme, craintive et tremblante, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. Jésus répondit : “Ma fille, ta Foi t’a sauvée.” Non pas le geste furtif, ni une force magique, mais ta Foi et ta confiance. Et cette Foi est louée publiquement. Voilà le vrai but du miracle. Guillaume a donné grande attention à la pédagogie de la Foi. Il respecte la Foi des simples âmes, mais tous ses écrits tendent à approfondir la Foi, à la rendre plus instruite et plus illuminée. Comme tout son siècle, il croit pour comprendre. C’est pour cette raison qu’il a beaucoup lu les écrits d’Origène d’Alexandrie. Il a voulu actualiser pour son temps la gnose alexandrine, première forme de l’humanisme chrétien. Un deuxième thème spirituel est la rencontre humano-divine. Je me restreins à citer un texte guillelmien : “La conjonction entre Dieu et l’homme en marche vers Dieu, entre l’esprit créé et l’Incréé lui-même. Leur union n’est autre que l’Unité du Père et du Fils, que leur baiser, leur étreinte et leur bonté. L’Esprit Créateur s’infuse dans l’âme et l’homme devient avec Dieu un seul esprit.” L’âme aimante est assumée dans les relations amoureuses des trois Personnes divines. Il s’agit là d’une rencontre affective, donc extrêmement douce et joyeuse. Cette rencontre est source d’une connaissance amoureuse et fruitive. Cette rencontre n’éclaire pas seulement la raison. Elle touche à la fois les cinq sens de l’être humain et surtout nos trois sens les plus obscurs, à savoir le goût, le toucher et l’odorat. Disons en résumé que Guillaume a posé les fondements de la mystique amoureuse pour toute l’Église occidentale.